SVV Hotel des Ventes de Nîmes

Françoise Kusel
Pierre Champion

Commissaires-priseurs

3 300 euros pour une Renault Dauphine d'un modèle exceptionnel puisque seulement 2 exemplaires connus

Lundi 12 Juillet 2021
HISTOIRE DE DAUPHINE ou….

L’HISTOIRE D’UN VÉHICULE MINIATURE fabriqué en 1956, conservé chez un même collectionneur depuis les années 70 et adjugé 3 300 euros (4000 euros frais inclus avec une estimation à 1500/2000 euros) le 8 juillet 2021 : la Renault Dauphine Dinky France.

Pourquoi un tel succès ? La Renault Dauphine est un véhicule mythique, et il existe à ce jour seulement deux exemplaires de la miniature Dinky Toys de pré-série de couleur gris mastic.



Pour la petite histoire…


En 1970, Bruno ISAR, alors âgé de 29 ans travaille à la S.N.C.F à Marseille. Il collectionne les véhicules miniatures depuis l’âge de 12ans, environ, précise -t-il. Ceux de la marque DINKY TOYS ont bien évidemment la part belle. A la S.N.C.F., un de ses collègues, à qui il s’est ouvert de sa passion lui propose de venir chez lui, regarder dans son carton à jouets d’enfance, car il se souvient avoir des Dinky Toys. Bruno s’y rend et mazette, il trouve quelques modèles, que son collègue lui offre bien volontiers. Il se souvient des séries 24, déjà moins aisées à trouver en ce début des années 70.

Une Peugeot 203, une Aronde et une Dauphine « dans leur jus » selon l’expression consacrée, c’està-dire en état de jeu, mais encore jolies et dignes de compléter le parc de Bruno ui est déjà un amateur pointu. Il remarque presque immédiatement que cette Dauphine beige présente des différences avec la verte qu’il a acquise dans le commerce normal en 1964, et il les dispose côte à côte.

La question qui vient à l’esprit est : comment l’ami cheminot de Bruno avait lui-même obtenu ce modèle ? Bruno se souvient qu’il lui a dit les détenir de son père qui, chaque année installait les revêtements des stands de la foire de Lyon, dont celui de Meccano, et qu’il avait noué amitié au point que l’habitude était prise lors du démontage de lui donner un ou deux modèles pour son fiston parmi ceux exposés.

Après l’avoir longtemps gardée en l’état, Bruno décide en 2005 de la faire restaurer par son ami collectionneur Marc qui est doué en la matière. Ce dernier dessertit délicatement la plaque de base en tôle, puis, après avoir confectionné la teinte exacte en prenant exemple sur l’ancienne peinture qui subsistait sur la coque, il l’emmaille d’un beige brillant mais pas trop, puis refixe la base originale.

Bruno, évoluant pourtant dans le circuit local des collectionneurs de jouets n’a jamais rencontré une autre Dauphine comme la sienne.
Il a le sentiment de détenir une pièce rare, peut-être unique.

Pour les amateurs avertis…


A ce moment, il ignore qu’il existe un autre exemplaire (*1) présentant les mêmes caractéristiques de moule, à savoir :
Intérieur du pavillon lisse et non-pas quadrillé.

Absence de clignotants sur les custodes (montants arrière de pavillon),fentes d’aération du moteur avec moins de stries (XX), plus épaisses et plus hautes, écusson de capot positionné plus haut. Il faut ajouter à ces différences que la plaque de base du modèle, est depuis l’origine en tôle nue et n’a jamais été émaillée noir comme les Dauphine normales. (Bien évidemment elle n’a pas été décapée lors de la restauration).

En 2012, il acquiert la dernière édition de l’ouvrage de Jean-Michel Roulet sur la marque Dinky Toys, et oh surprise, à la réfence 24E, il découvre enfin une Dauphine identique à la sienne mentionnée en page 116 .

En 2021, réalisant la valeur potentielle de cette miniature, et eu égard à la modicité de sa pension de retraite, Bruno choisit de la mettre en vente sur les conseils de son ami Eric Spaccesi , libraire automobile, afin de pouvoir s’offrir d’autres pièces qui lui manquent.

Notes de renvoi

*1 - Cette première Dauphine d’avant-série fut découverte en 1979 dans la région parisienne par le négociant en jouets Philippe Lepage qui l’avait acquise après d’un ex-collaborateur de l’entreprise Meccano. Il la vendit au collectionneur Patrice Colson qui la garda 10 ans avant de la confier avec sa collection à la Galerie de Chartres le 15 octobre 1989. Le négociant de la première heure Gilles Scherpereel, expert de la vente et perplexe devant cette curieuse Dauphine la montra à Jean-Michel Roulet qui l’authentifia aussitôt. Le collectionneur connu sous le nom de G.Dulin l’acquit pour 20.500 francs. La collection de ce dernier fut à son tour dispersée à Bourges le 4 mars 2000 où la Dauphine beige en état D et accompagnée d’une boite, fut adjugée 58.000 francs. L’heureux acquéreur en profita pleinement avant qu’elle ne soit revendue à nouveau 9500 € le 29 février 2020. Elle fait partie aujourd’hui d’une belle collection française.

Dans la région parisienne, entre 1975 et 2000, il n’était pas rare que des prototypes ou modèles d’essais circulent sur les étals des marchés aux puces et chez les négociants. Les modèles tests une fois qu’ils ne servaient plus à rien étaient rarement jetés. Soit certains collaborateurs les conservaient, conscients de leur futur intérêt, d’autres récipiendaires avaient moins de discernement et les donnaient à leurs enfants, ce qui explique que certains sont retrouvés usagés et d’autres à l’état neuf, d’autres encore, furent simplement conservés dans les différents locaux de la société, notamment celui de la Rue du Maroc.

Certains furent détenus par M. Thibivilliers, ex-chef du bureau des méthodes qui les céda à des amateurs dès 1976 dans la région Nîmoise et ailleurs.
Tous les modèles ayant fait l’objet de la fabrication de plusieurs modèles-phases, depuis la première maquette en bois quelquefois maladroite, destinée à prévisualiser le modèle final, jusqu’aux essais de couleurs destinés à choisir les coloris de série, en passant par différents stages de gravure du moule acier. On peut le constater dans l’ouvrage de Jean-Michel Roulet que de nombreux prototypes ont été préservés.


Texte et explications : Olivier Vergne, expert Dinky Toys et jouets anciens
Hôtel des Ventes de Nîmes – Françoise Kusel et Pierre Champion, Commissaires-priseurs
21, rue de l’Agau – 30 000 NIMES – 04 66 67 52 74