Xavier de La Perraudière
Florian d’Oysonville

Commissaires-priseurs associés

Un paysage exceptionnel de l’entourage de Patinir révélé à Angers

Jeudi 03 Décembre 2020

Estimé à plus de 60 000 euros, il dévoile un paysage imaginaire, dans la lignée du maître flamand Joachim Patinir.


ECOLE FLAMANDE vers 1550, entourage de Joachim Patinir.
"La prédication de saint Jean-Baptiste"
Panneau doublé parqueté. 22,6 x 32 cm (petites restaurations anciennes)
Estimation : 60 / 80 000 €


Au premier plan, Jean le Baptiste tourne le dos au spectateur, l’invitant à pénétrer au sein d’un paysage verdoyant, qu’une lumière divine surplombe : le voilà qu’il accoste en Terre sainte, guidé par les paroles du prophète qui, devant la foule arrivée de Jérusalem, s’apprête à annoncer la venue du Messie. « Le saint fait corps avec l’arbre verdoyant, force vive qui domine une vue panoramique à laquelle il donne toute sa profondeur ». Devant ce vaste paysage aux mille chemins, l’expert Stéphane Pinta devait reconnaître la manière d’un peintre : Joachim Patinir (c. 1483-1524).

Un panneau attribué à l’entourage de Joachim Patinir, l’inventeur du paysage en peinture

Si le tableau est attribué à l’entourage de Patinir et daté autour de 1550, il évoque à bien des égards l’art subtil du maître flamand du XVIe siècle, considéré comme l’inventeur du paysage en peinture. « La richesse du paysage, la profondeur de la perspective, la délicatesse des bleus, la manière de représenter les rochers, un peu en forme de coquilles d’huîtres, le côté rustique des personnages, démontrent que l’artiste a été en contact avec Patinir », explique l’expert du Cabinet Turquin.



A la manière des tableaux de Patinir, le paysage s’étend à perte de vue vers un horizon lointain. Il est composé de plans successifs, qu’une palette subtile de verts et de bleus souligne. « Plusieurs scènes séparées nous montrent la vie du saint, explique le commissaire-priseur Florian d’Oysonville. On retrouve sur le fleuve le baptême de Jésus par Jean Baptiste, avec la figure de Dieu le père dans les cieux et la colombe qui descend en dorure sur la tête de son fils. Apparait également, devant la tour, la scène de la décapitation du saint et, plus loin, sur le chemin qui monte vers la montagne, gisent ses ossements brûlés, scène à l’origine de la célèbre fête de la Saint-Jean. » L’histoire biblique se raconte à mesure que l’on chemine au gré de ce paysage imaginaire, où se mêlent des amas rocheux fantastiques. « Comme souvent chez Patinir, la scène biblique n’est qu’un prétexte pour déployer un paysage et le rocher, au premier plan, fait office de repoussoir », note Stéphane Pinta. L’œil se heurte ainsi au rocher, invité à poursuivre son exploration vers d’autres ailleurs, et à flâner au sein de la composition.

Un chef-d’œuvre estimé à plus de 60 000 euros

Plongeant le spectateur dans un voyage spirituel fantastique, ce panneau d’une qualité exceptionnelle réunit maints ingrédients qui firent le succès du premier grand paysagiste des anciens Pays-Bas, Patinir. Fourmillant de détails et symboles à déchiffrer, il devrait envoûter nombre de collectionneurs, que l’on sait, ces dernières années, captivés par la peinture ancienne. Nul doute qu’ils sauront composer avec l’estimation comprise entre 60 000 et 80 000 euros, pour acquérir ce chef-d’œuvre du XVIe siècle, proposé à la vente le 10 décembre prochain à Angers et en live sur Interencheres,

Diane Zorzi - Magazine Interencheres
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Fiche du lot
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