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ARTS D'AFRIQUE & CIVILISATIONS - Collection Madeleine LEFEBVRE

Jeudi 26 Novembre 2026 à 14h

Lot 6
Rare cuillère d'apparat à manche sculpté — Baoulé Baoulé — Côte d'Ivoire Afrique de l'Ouest. Bois sculpté à...

Rare cuillère d'apparat à manche sculpté — Baoulé
Baoulé — Côte...

Rare cuillère d'apparat à manche sculpté — Baoulé
Baoulé — Côte d'Ivoire
Afrique de l'Ouest.
Bois sculpté à ancienne patine brun foncé, aux nuances rougeâtres
Dimensions : 25,5 cm.
Provenance :
Collection Madeleine Lefebvre (Belgique).
L'Afrique d'une « femme de la brousse ».

Remarquable cuillère sculptée baoulé, dont l'extraordinaire raffinement formel et la singularité du traitement en font une véritable petite œuvre de sculpture. Loin de se limiter à sa fonction première, cet objet témoigne de cette remarquable capacité des artistes baoulé à transformer les instruments de la vie quotidienne et les attributs de prestige en créations d'une grande sophistication plastique.
L'originalité de cet exemplaire réside avant tout dans la conception particulièrement audacieuse de son manche. Celui-ci, long, fin et légèrement infléchi, s'élève depuis un cuilleron profondément creusé, aux contours souples et généreusement arrondis, pour s'achever par un couronnement géométrique évoquant la silhouette découpée d'un couteau traditionnel baoulé. Cette terminaison, d'une étonnante modernité, repose sur une succession de volumes anguleux et de reliefs finement crantés, dont la précision contraste admirablement avec la simplicité de la longue tige.
La composition révèle un sens exceptionnel de l'équilibre et des proportions. L'artiste oppose ainsi la plénitude du cuilleron, tout en rondeur, à l'élancement presque aérien du manche, avant de conclure l'ensemble par une forme sommitale volontairement architecturée. Cette confrontation entre courbes, lignes tendues et formes anguleuses confère à l'œuvre une élégance sculpturale particulièrement aboutie.
Le bois présente une belle patine ancienne, profonde et nuancée, dont les tonalités brun rougeâtre apparaissent sous les surfaces plus sombres et brillantes. Les traces d'usure et les variations de poli, notamment visibles sur le cuilleron et le manche, participent pleinement au caractère de cette pièce.
Chez les Baoulé, certaines cuillères particulièrement élaborées dépassaient leur simple destination utilitaire pour devenir des objets de représentation et de prestige, associés notamment au statut de leur propriétaire. Le soin apporté à leur décor témoigne de l'importance accordée à ces objets et de la liberté créatrice dont pouvaient faire preuve les sculpteurs.
La rareté de cette composition, particulièrement marquée par son couronnement évoquant un couteau traditionnel, constitue l'un des principaux intérêts de cet exemplaire. Cette association peu commune entre un instrument de service et une forme rappelant un attribut d'apparat révèle une remarquable inventivité artistique.
Par la pureté de ses lignes, l'originalité de son iconographie et l'extrême finesse de son exécution, cette cuillère s'impose comme une œuvre d'une rare élégance, illustrant avec éclat la capacité des grands sculpteurs baoulé à élever les objets les plus modestes au rang de véritables sculptures.

MADELEINE LEFEBVRE

Une femme de la brousse, une collection d'Afrique
Artiste belge et voyageuse passionnée, Madeleine Lefebvre (1900-1976) appartient à cette génération de personnalités qui, dès la première moitié du XXe siècle, parcoururent le Congo et développèrent un intérêt profond pour ses arts et ses cultures.
Celle que la presse de l'époque présentait comme une « femme de la brousse » entretenait avec le Congo une relation qui dépassait le simple voyage. Familiarisée avec la vie locale, ses usages et ses langues, elle y exposait ses oeuvres dès les années 1940. En février 1946, Le Courrier d'Afrique consacrait notamment un article à son exposition, évoquant son arrivée le 27 janvier et l'accueil réservé à son travail. Les journalistes témoignaient de l'intérêt suscité par cette artiste singulière, dont ils espéraient retrouver les oeuvres lors de futures manifestations.
Au fil de ses séjours, Madeleine Lefebvre rapporta un ensemble d'objets africains qui occupèrent une place privilégiée dans son univers personnel. Dans son salon privé, véritable cabinet de curiosités, masques, sculptures et objets traditionnels côtoyaient ses peintures, témoignant d'une passion qui dépassait largement sa pratique artistique.
De nombreux articles de presse des années 1940 relatent ses expositions, ses voyages et ses collections. Un témoignage particulièrement précieux paraît dans Le Courrier d'Afrique du 16 novembre 1946 : le journaliste y décrit plusieurs objets rapportés du Congo, notamment un masque tchokwé ainsi qu'un couteau de parade présenté dans sa gaine. Ces deux pièces, identifiées grâce au témoignage familial et conservées au sein de la collection, figurent aujourd'hui parmi les oeuvres proposées à la vente. Une correspondance documentaire rare, qui permet de relier directement les objets à leur histoire dès la première moitié du XXe siècle.

Son oeuvre picturale connut également une reconnaissance qui se prolongea bien après sa disparition. Plusieurs de ses tableaux circulèrent sur le marché international, notamment chez Christie's à Amsterdam, le 10 janvier 2006, où furent présentés Danseuse Mutshioko et A Portrait of a Congolese Woman, confirmant la présence de son oeuvre sur le marché de l'art.
Demeurée dans le cadre familial, cette collection bénéficie aujourd'hui d'une documentation historique particulièrement précieuse. Articles de presse originaux, photographies et souvenirs d'époque permettent de restituer le parcours d'une femme singulière et de redonner aux objets qu'elle avait réunis une part de leur histoire.

Collection Madeleine Lefebvre — Provenance familiale, accompagnée d'archives et de témoignages d'époque.
Exceptionnel bouclier de prestige gbilija se distinguant par ses proportions monumentales, la remarquable finesse de son tressage et son excellent état de conservation. Sa silhouette allongée, aux extrémités arrondies, présente une surface d'un brun presque noir, sur laquelle se détache un puissant motif cruciforme de couleur naturelle, organisé autour d'un carré central sombre. Deux registres rectangulaires, ornés de petits motifs géométriques répétés, complètent cette composition d'une remarquable sobriété.
Le revers révèle un important panneau de préhension en bois sculpté, soigneusement fixé à la structure par des ligatures végétales disposées en chevrons. La régularité du tressage, la qualité des contrastes chromatiques et le traitement particulièrement soigné de la poignée témoignent d'une grande maîtrise technique.
Exemplaire majeur par son envergure de 124 cm, son ancienneté et la préservation exceptionnelle de ses éléments constitutifs, ce bouclier présente les caractéristiques les plus emblématiques et les plus appréciées de la typologie gbilija. Son remarquable état de conservation permet d'apprécier pleinement la finesse de sa construction ainsi que l'équilibre de son décor traditionnel.
Chez les Zande, les boucliers gbilija, réalisés dans un rotin particulièrement fin et serré, étaient traditionnellement associés aux personnages de haut rang. Au-delà de leur fonction défensive, ils constituaient de véritables attributs de prestige, dont les motifs tressés contribuaient à identifier le porteur et à exprimer son statut.
L'intérêt de cet exemplaire se trouve considérablement renforcé par son ancienne provenance familiale, remontant, selon les informations transmises, aux dernières décennies du XIXe siècle.

La collection Versluys conserve un ensemble d'archives et de photographies anciennes témoignant de l'histoire de la famille au Congo. Selon la documentation familiale, certains objets de cette collection firent également l'objet de transactions et de prêts auprès du National Museum of African Art de Washington, notamment par l'intermédiaire de Louis de Strycker. Des factures anciennes comportant des références muséales ont été conservées.
Cette histoire documentaire constitue un témoignage précieux sur la formation et la circulation des anciennes collections d'arts d'Afrique.

Estimation : 300 € à 500 €

Hôtel des ventes
1, rue de la Paix
10000 Troyes
Téléphone : 03 25 73 34 07
Fax : 03 25 73 14 39
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