VENTE DE PRESTIGE

Mardi 27 Mars 2018 à 14h

Lot 30
Charles MEYNIER

Charles MEYNIER

Charles MEYNIER (Paris 1768 - 1832) Télémaque, pressé par Mentor, quitte l'île de Calypso Sur sa toile d'origine 154 x 203 cm Signée et datée en bas à gauche : ch. meynier / an . 8 En bas à droite, une étiquette fragmentaire Restaurations anciennes, petits accidents, déchirures Provenance : - Acheté au Salon de 1800 par le citoyen Joseph Fulchiron (1744-1831) pour 4000 francs. Celui-ci, un banquier d'origine lyonnaise, est un collectionneur de Meynier puisqu'il lui avait déjà acheté Androclès (perdu) au Salon de 1795 et commandé un Milon de Crotone (perdu aussi mais dont le modello est au Musée des Beaux-Arts de Montréal). - Château de la Seilleraye , - Acquis au début des années 1930 par les ascendants de l'actuel propriétaire , - Par descendance à l'actuel propriétaire. Bibliographie : - Charles-Paul Landon, Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts, Paris, vol. 1, pp. 31 - 32, pl. XIV, 1801, Paris , - Antoine Schnapper, Arlette Sérullaz, sous la direction de, Jacques Louis David, 1748 - 1825, cat. exp., 1989, p. 527 , - Dorothy Johnson, " Jacques-Louis David, The Farewell of Telemachus and Eucharis ", Getty Museum Studies of Art, Los Angeles, 1997, pp. 47-48 , - Philippe Bordes, Jacques-Louis David, Empire to Exile, cat. exp., 2005, pp. 247 - 248 gravure de Châtaigner reproduite fig. 34 , - Isabelle Mayer-Michalon, Charles Meynier 1763-1832, Paris, Arthena, p. 39, pp. 130-131, P.38 (tableau perdu). - Les commentaires de critiques du Salon de 1800 sont retranscrits dans l'ouvrage d'Isabelle Mayer-Michalon pp. 262 et 263. Expositions : - Paris, Salon de 1800, n° 266 (deuxième prix de première classe), - Paris, Exposition des prix décennaux au Louvre, août-novembre 1810. Oeuvres en rapport : - Huit études sont signalées dans la vente Bruun-Neergaard, Paris, Hôtel de Bullion, 29 août-7 septembre 1819, n° 246, Probablement six études sont signalées dans la vente après-décès de Meynier, Paris, 26 novembre-4 décembre 1832 (Mes Petit et Pieri-Bénard), n°52, - Deux dessins préparatoires de la composition sont conservés dans deux collections particulières, l'un aux Etats-Unis (op. cit. p.188 , n° D43), l'autre en France (op. cit., p.189 , n° D44, - Gravure au trait par Normand pour Landon, - Gravure à l'eau-forte de Châtaigner, dessinée par S. Le Roy et terminée par Bovinet. Ce tableau-clef de la carrière de Charles Meynier et de l'histoire du néoclassicisme français a reçu des éloges de la critique et du public lors de sa présentation au Salon de 1800 et en 1810. Disparu depuis deux siècles, le tableau était connu par sa composition conservée par la gravure de Châtaigner reproduite dans la monographie de 2008. Elève de François-André Vincent, il partage le Prix de Rome en 1789 avec Girodet et séjourne en Italie jusqu'en décembre 1793. A son retour à Paris, il multiplie les esquisses, mais la situation politique n'est guère favorable à ses projets. C'est sous le Consulat et au début de l'Empire qu'il donne ses meilleurs tableaux, dont la galerie des Muses pour l'hôtel Boyer-Fonfrède (Cleveland, Museum of Art) ou notre Télémaque : d'ailleurs notre Télémaque et une des Muses, Polymnie, qui préside à l'Eloquence (toile, 275 x 177 cm, The Cleveland Museum of Art) sont exposés au même Salon de 1800. Nous retrouvons la même harmonie sourde de bleu gris et de jaune d'or visible dans la figure de Polymnie et présente dans notre tableau vers la droite par le rapprochement entre les deux figures de Calypso et sa servante. Sous l'Empire, il reçoit des commandes de tableaux militaires à la gloire de l'Empereur et réalisera trois plafonds pour le musée du Louvre, encore en place. Son sujet est tiré du roman d'apprentissage de Fénelon publié en 1699, les Aventures de Télémaque, réimprimé tout au long du XVIIIème siècle (76 éditions sont parues entre 1800 et 1815). La tragédie lyrique de Deray et Lesueur de 1796, avec un duo entre les deux amants, avait encore ajouté de la popularité à ce thème. Si le jeune héros est bien un des personnages principaux de l'Odyssée d'Homère, fils modèle de Pénélope et d'Ulysse, protégeant sa mère, puis son père des prétendants, la nymphe Euscharis, servante de Calypso, est inconnue de la mythologie grecque. Elle est inventée par l'écrivain qui décrit entre eux une passion fugitive, contrariée et chaste, provoquant la jalousie de sa maîtresse Calypso, amoureuse elle aussi de Télémaque. Le précepteur de celui-ci, Mentor (en fait Minerve déguisé en vieux sage), les sépare. Le récit de Fénelon n'est pas celui d'un héros éprouvé dans sa chair comme Ulysse face à une série de défis physiques, mais plutôt de l'évolution morale d'un héros, à travers des expériences, des passions et des renoncements qui le rendent humain et qu'il doit apprendre à maîtriser s'il veut être un sage dirigeant. Comme l'a montré Dorothy Johnson, les rôles traditionnels sont ici inversés. Ce sont les femmes, les chasseuses et le jeune homme est leur proie. Cet épisode a inspiré les peintres tout au long des XVIIIème et XIXème siècles : Henri de Favanne, Natoire et Louis Lagrenée avant Meynier, Jacques-Louis David en 1818 (Los Angeles, Getty Museum), Lafond en 1802, Auguste Quinsac Monvoisin en 1824 (Minneapolis Institute of Art), des suites gravées de Lordon... Daté de 1800, ce Départ de Télémaque participe d'un court moment de détente de l'art français, après dix années de peintures de propagande exaltant les valeurs patriotiques et la Révolution, et avant quinze autres années qui vont être consacrées à glorifier l'Empire et ses victoires militaires. L'ambiance argentée générale, la façon dont la lumière tombe sur la scène (sur les épaules de la compagne à droite, par exemple), et la description précise des espèces végétales jusqu'aux détails de la sandale orfévrée ou de l'arc qui se termine en tête de cygne recourbé dans les carquois sont autant de références ou d'emprunts subtils et ponctuels au célèbre tableau de Girodet, Le Sommeil d'Endymion (1793, réexposé au Salon de l'Elysée en 1797). Mais on notera aussi le soin apporté par l'artiste dans le raffinement et la qualité des détails : le ruban blanc dans les cheveux du héros, les coiffures et broderies de chaque costume, individualisées et poétiques. Le bateau est une trière avec sa proue en forme de palme : il s'agit en effet de retrouver l'Antiquité archaïque, pour renouveler le néoclassicisme par les sources grecques et proposer une autre voie face à l'art viril d'origine romaine que David avait imposé. Rivalisant donc ici avec Girodet mais aussi avec la Psyché et l'Amour et la Flore de Gérard (1798 et 1799), ainsi qu'avec Ulysse enlevant Philoctète de Fabre (1800), artiste dont il fut proche, Charles Meynier s'affirme comme l'un des hérauts de la peinture néo-classique au tournant du siècle. Nous remercions Madame Isabelle Mayer-Michalon d'avoir confirmé l'authenticité du tableau après examen direct de l'oeuvre.

Estimation : 150 000 € à 250 000 €
Adjugé : 1 800 000 €

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