


Statue féminine anthropomorphe — Lwena
Lwena — Angola / République démocratique du Congo / Zambie
Afrique centrale. Vers 1920-1930.
Bois et pigments.
Dimensions : env. 24 cm.
Provenance :
Collection Madeleine Lefebvre
L'Afrique d'une « femme de la brousse ».
Importante figure féminine anthropomorphe relevant du grand corpus stylistique Lwena, remarquable par son raffinement d'exécution et par la rare qualité de son expression. Cette œuvre se distingue immédiatement par l'extrême subtilité de son visage, dont les yeux étirés, le nez finement construit et la bouche délicatement traitée confèrent à l'ensemble une présence d'une rare intensité, plaçant cette sculpture dans la lignée des plus belles réalisations de cette tradition.
La finesse ne se limite pas au seul traitement du faciès. L'artiste a porté une attention tout aussi soutenue au modelé des bras, des mains, du nombril et des tétons, autant de détails exécutés avec un sens aigu de l'équilibre formel et de la précision. Ce souci du détail, loin d'être anecdotique, participe pleinement à la qualité de l'œuvre et témoigne d'une main particulièrement experte.
La silhouette élancée, la sobriété des volumes et la tension contenue de la pose renforcent encore l'élégance de cette figure. L'ensemble présente une patine ancienne ainsi que des traces de pigmentation cohérentes avec une datation située autour des années 1920-1930.
Par la qualité de sa sculpture, la maîtrise de ses proportions et la délicatesse exceptionnelle de son expression, cette figure constitue un exemplaire de tout premier ordre, de ceux que l'on rencontre rarement sur le marché de l'art.
MADELEINE LEFEBVRE
Une femme de la brousse, une collection d'Afrique
Artiste belge et voyageuse passionnée, Madeleine Lefebvre (1900-1976) appartient à cette génération de personnalités qui, dès la première moitié du XXe siècle, parcoururent le Congo et développèrent un intérêt profond pour ses arts et ses cultures.
Celle que la presse de l'époque présentait comme une « femme de la brousse » entretenait avec le Congo une relation qui dépassait le simple voyage. Familiarisée avec la vie locale, ses usages et ses langues, elle y exposait ses oeuvres dès les années 1940. En février 1946, Le Courrier d'Afrique consacrait notamment un article à son exposition, évoquant son arrivée le 27 janvier et l'accueil réservé à son travail. Les journalistes témoignaient de l'intérêt suscité par cette artiste singulière, dont ils espéraient retrouver les oeuvres lors de futures manifestations.
Au fil de ses séjours, Madeleine Lefebvre rapporta un ensemble d'objets africains qui occupèrent une place privilégiée dans son univers personnel. Dans son salon privé, véritable cabinet de curiosités, masques, sculptures et objets traditionnels côtoyaient ses peintures, témoignant d'une passion qui dépassait largement sa pratique artistique.
De nombreux articles de presse des années 1940 relatent ses expositions, ses voyages et ses collections. Un témoignage particulièrement précieux paraît dans Le Courrier d'Afrique du 16 novembre 1946 : le journaliste y décrit plusieurs objets rapportés du Congo, notamment un masque tchokwé ainsi qu'un couteau de parade présenté dans sa gaine. Ces deux pièces, identifiées grâce au témoignage familial et conservées au sein de la collection, figurent aujourd'hui parmi les oeuvres proposées à la vente. Une correspondance documentaire rare, qui permet de relier directement les objets à leur histoire dès la première moitié du XXe siècle.
Son oeuvre picturale connut également une reconnaissance qui se prolongea bien après sa disparition. Plusieurs de ses tableaux circulèrent sur le marché international, notamment chez Christie's à Amsterdam, le 10 janvier 2006, où furent présentés Danseuse Mutshioko et A Portrait of a Congolese Woman, confirmant la présence de son oeuvre sur le marché de l'art.
Demeurée dans le cadre familial, cette collection bénéficie aujourd'hui d'une documentation historique particulièrement précieuse. Articles de presse originaux, photographies et souvenirs d'époque permettent de restituer le parcours d'une femme singulière et de redonner aux objets qu'elle avait réunis une part de leur histoire.
Collection Madeleine Lefebvre — Provenance familiale, accompagnée d'archives et de témoignages d'époque.
Exceptionnel bouclier de prestige gbilija se distinguant par ses proportions monumentales, la remarquable finesse de son tressage et son excellent état de conservation. Sa silhouette allongée, aux extrémités arrondies, présente une surface d'un brun presque noir, sur laquelle se détache un puissant motif cruciforme de couleur naturelle, organisé autour d'un carré central sombre. Deux registres rectangulaires, ornés de petits motifs géométriques répétés, complètent cette composition d'une remarquable sobriété.
Le revers révèle un important panneau de préhension en bois sculpté, soigneusement fixé à la structure par des ligatures végétales disposées en chevrons. La régularité du tressage, la qualité des contrastes chromatiques et le traitement particulièrement soigné de la poignée témoignent d'une grande maîtrise technique.
Exemplaire majeur par son envergure de 124 cm, son ancienneté et la préservation exceptionnelle de ses éléments constitutifs, ce bouclier présente les caractéristiques les plus emblématiques et les plus appréciées de la typologie gbilija. Son remarquable état de conservation permet d'apprécier pleinement la finesse de sa construction ainsi que l'équilibre de son décor traditionnel.
Chez les Zande, les boucliers gbilija, réalisés dans un rotin particulièrement fin et serré, étaient traditionnellement associés aux personnages de haut rang. Au-delà de leur fonction défensive, ils constituaient de véritables attributs de prestige, dont les motifs tressés contribuaient à identifier le porteur et à exprimer son statut.
L'intérêt de cet exemplaire se trouve considérablement renforcé par son ancienne provenance familiale, remontant, selon les informations transmises, aux dernières décennies du XIXe siècle.
La collection Versluys conserve un ensemble d'archives et de photographies anciennes témoignant de l'histoire de la famille au Congo. Selon la documentation familiale, certains objets de cette collection firent également l'objet de transactions et de prêts auprès du National Museum of African Art de Washington, notamment par l'intermédiaire de Louis de Strycker. Des factures anciennes comportant des références muséales ont été conservées.
Cette histoire documentaire constitue un témoignage précieux sur la formation et la circulation des anciennes collections d'arts d'Afrique.
Estimation : 800 € à 1 200 €